

Une réserve d’électricité coûteuse en raison d’un approvisionnement insuffisant en hiver
16.08.2026
D'un coup d'oeil
- Les réserves d’électricité pourraient coûter quelque 4 milliards de francs d’ici à 2045. En effet, l’approvisionnement hivernal habituel n’est pas suffisamment garanti
- La constitution d’une réserve se justifie du point de vue économique au vu des dommages que peut causer une pénurie d’électricité. Cela dit, elle ne résout pas le problème de l’approvisionnement, qui est de nature structurelle
- Les besoins en termes de réserves augmentent, alors que la production hivernale progresse trop lentement
La Suisse dépense de plus en plus pour doter son réseau électrique d’une bouée de sauvetage. D’ici à 2045, les réserves d’eau, les centrales de réserve, les groupes électrogènes de secours et les réserves d’électricité devraient coûter quelque 4 milliards de francs au total au moins. Ces moyens ne seront pas affectés à la production normale supplémentaire, mais serviront de réserve en cas de crise. Cette réserve devient nécessaire, car l’approvisionnement régulier n’est pas suffisamment assuré pendant le semestre hivernal: compte tenu de la fermeture de la centrale nucléaire de Beznau, prévue en 2033, du lent développement des énergies renouvelables disponibles en hiver et de l’incertitude entourant les possibilités d’importation, l’ElCom recommande de disposer, à partir de 2030, de réserves de puissance continue de 500 mégawatts au moins, voire de 700 à 1400 mégawatts au-delà de 2035.
Ces coûts sont supportés par les ménages et les entreprises via les frais pour la réserve d’électricité. Pour les ménages, cela représente, selon le tarif, quelque 10 à 30 francs par an; pour une grande entreprise industrielle consommant 20 GWh, ce sont entre 50 000 à 150 000 francs environ. Du point de vue économique, cette prime d’assurance est compréhensible: compte tenu des dommages que peut causer une pénurie d’électricité, estimés à quelque 84 milliards de francs, et des coûts annuels de la réserve, de quelque 200 millions de francs, une probabilité d’occurrence de quelque 0,2% seulement suffit pour justifier cette réserve. Selon les estimations de l’Office fédéral de la protection de la population, les coûts sont nettement plus élevés. Malgré tout, cette réserve ne met pas totalement les entreprises à l’abri de contingentements. Aussi serait-il plus durable et plus judicieux de consacrer les fonds concernés à la production d’électricité classique en hiver.
Plus l’absence de capacités de production garanties se prolonge, plus le maintien de réserves est coûteux. Cependant, toutes les réserves ne se valent pas. Un groupe électrogène de secours peut apporter une aide à court terme, mais il n’est pas conçu pour une utilisation prolongée en raison de son entretien, de sa consommation de carburant, des réglementations en matière de qualité de l’air et de ses importantes émissions de CO2. Des centrales de réserve peuvent, pour leur part, produire pendant des semaines et fournissent nettement plus d’électricité par unité installée.
Malgré le développement soutenu des capacités renouvelables, la production hivernale stagne depuis des années. L’électricité solaire est particulièrement utile au printemps et en automne. Le développement des capacités de production efficaces en hiver reste trop faible. L’éolien, les projets hydroélectriques supplémentaires et les installations solaires alpines progressent plus lentement qu’il ne faudrait. Si les importations peuvent soulager la pression, elles restent incertaines en l’absence d’accord sur l’électricité avec l’UE. Quiconque souhaite garantir la sécurité d’approvisionnement à long terme et réduire le besoin de nouvelles réserves doit donc investir rapidement dans des capacités fiables et efficaces en hiver, tout en maintenant l’option du nucléaire pour le futur.
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