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Production d’électricité hivernale: dix ans de surplace, ça suffit

29.03.2026

D'un coup d'oeil

​​Malgré le développement des énergies renouvelables, la Suisse ne produit pas plus d’électricité en hiver qu’il y a dix ans. Il est temps de prendre enfin au sérieux la question de l’approvisionnement électrique de notre pays​

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A priori, la promotion des énergies renouvelables en Suisse donne de bons résultats: en 2024, elles ont produit quelque 8,3 térawattheures d’électricité, soit plusieurs fois le volume atteint en 2010 (quelque 1,4 térawattheures). Cela correspond à peu près à la consommation d’électricité annuelle du canton de Zurich. Près des trois quarts de cette hausse s’expliquent par le développement de l’énergie solaire. Globalement, la capacité de production installée a augmenté de 40% ces quinze dernières années.

Jusque-là, tout va bien. Mais la Suisse est-elle sur la bonne voie pour garantir un approvisionnement électrique sûr, propre et bon marché? Malheureusement, la réponse est non. Notre pays affiche déjà un excédent d’électricité en été. Or, avec notre politique actuelle, cet excédent estival va encore s’accroître. La disparition des centrales nucléaires existantes fait que, à l’avenir, nous aurons surtout besoin de plus d’électricité en hiver. À y regarder de plus près, les données relatives aux récentes évolutions dessinent un tableau moins positif qu’il n’y paraît. En effet, la production hivernale n’a pas augmenté en Suisse ces dernières années. Que l’on considère l’ensemble du semestre d’hiver (d’octobre à mars) ou la «phase critique» de décembre à février, le développement des énergies renouvelables est resté pour ainsi dire sans effet. L’écart entre les capacités de production installées et la production réelle se creuse. Quant à la demande, on s’attend à une augmentation d’un tiers environ d’ici à 2050. Et environ 60% de la production d’électricité hivernale nécessaire d’ici là n’existe pas.

Avec l’arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg en 2019, les centrales nucléaires de Beznau, Gösgen et Leibstadt ont encore gagné en importance. La déconnexion de Mühleberg a pu être compensée, ces dernières années, par la disponibilité accrue des autres installations. Mais pendant l’hiver 2025/2026, nous avons importé passablement d’électricité. La révision de la centrale nucléaire de Gösgen s’étant prolongée, depuis la mi-octobre, la Suisse n’a pas été importatrice nette d’électricité que trois jours seulement. Par moment, près de la moitié de notre consommation quotidienne était couverte par de l’électricité importée. La souveraineté et la sécurité d’approvisionnement, ce n’est pas cela.

Parmi les différentes énergies renouvelables, c’est surtout l’énergie hydraulique qui permet de produire de l’électricité de manière fiable en hiver. Mais elle touche à ses limites. Au vu de la trajectoire actuelle, sa contribution ne suffira pas à maintenir une production hivernale stable, et encore moins à compenser la hausse de la consommation induite par l’augmentation de la prospérité ainsi que par la multiplication des pompes à chaleur ou des véhicules électriques. La centrale nucléaire de Beznau sera débranchée en 2033, c’est acté. Celles de Gösgen et de Leibstadt pourraient suivre en 2039 et 2044. Dans ces conditions, nous manquerons massivement de courant hivernal à moyen terme. Si la Suisse comble cette lacune uniquement avec de l’éolien et du solaire, il faudra quelque 1300 éoliennes ou quelque 200 installations solaires alpines, chacune d’entre elles ayant une surface similaire à celle de la centrale nucléaire de Gösgen. Pour l’instant, la seule réponse du monde politique face à cet important problème d’approvisionnement à moyen terme, ce sont les mesures d’urgence relatives à la réserve d’électricité – notamment avec la coûteuse mise à disposition de réserves d’eau et de centrales à gaz en cas de pénurie.

Que faut-il faire? La Suisse doit ajuster sa stratégie et diversifier son approvisionnement. Nous ne pouvons pas nous permettre la monoculture, car nous aurons besoin à l’avenir de chaque kilowattheure décarboné que nous pourrons obtenir. Pour cela, nous devons travailler sur trois axes:  

Premièrement, nous devons focaliser davantage la promotion des énergies renouvelables sur l’efficacité et l’augmentation de la production hivernale. Les critères de promotion doivent être fixés de manière à contribuer à résoudre le problème hivernal de la Suisse et à éviter d’accroître la surproduction estivale.

Deuxièmement, la Suisse a besoin d’un accord sur l’électricité avec l’UE. La dépendance totale aux importations et l’autarcie sont des solutions tout aussi extrêmes qui n’ont aucun sens. L’électricité obéit en premier lieu à des lois physiques, et non politiques. Une intégration réglée dans le réseau électrique européen aura au moins l’avantage de consolider notre système et d’en réduire les coûts, de l’ordre de jusqu’à 50 milliards de francs. Pour la Suisse, c’est un «no regret move».

Troisièmement, il faut lever l’interdiction technologique frappant le nucléaire. À cet égard, le contre-projet à l’initiative «Stop au blackout» pose les bases permettant d’assurer l’exploitation à long terme des centrales nucléaires existantes et de maintenir ouverte l’option d’un remplacement ultérieur. Lever cette interdiction permettra en outre de préserver le savoir-faire et de renforcer la recherche en Suisse. Il est temps de le faire. 

 

La version originale de cet article a paru le 29 mars 2026 dans la NZZ am Sonntag.

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