

« Accès aux marchés : la Suisse a besoin des mêmes chances que ses voisins. »
Le monde n’attendra pas la Suisse
22.05.2026
D'un coup d'oeil
- Une marchandise suisse sur deux est exportée vers l’Union européenne, de loin notre principal marché.
- Avec l’entrée en vigueur provisoire de l’accord UE–Mercosur, les entreprises européennes bénéficient progressivement de meilleures conditions d’accès que les entreprises suisses.
- Dans un contexte de fragmentation du commerce mondial, la Suisse a besoin des mêmes chances que ses voisins pour rester compétitive.
Le monde bouge. Et vite. Les États-Unis changent leurs règles douanières. L’Union européenne conclut de nouveaux accords. Le Moyen-Orient rappelle aussi qu’une route commerciale ou énergétique peut devenir un enjeu stratégique du jour au lendemain. Les grands acteurs avancent. Ils défendent leurs intérêts. Ils sécurisent leurs marchés.
Et en Suisse ? Parfois, le débat donne l’impression que nous pouvons encore attendre. Comme si le monde allait faire une pause pendant que nous terminons nos discussions.
Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire. Près d’un franc sur deux gagné dépend directement ou indirectement de nos échanges avec l’étranger. Notre économie figure parmi les plus ouvertes. On regarde souvent vers Washington ou Pékin. Pourtant, une marchandise suisse sur deux part vers l’UE. Nous exportons trois fois plus de biens vers les Vingt-Sept que vers les États-Unis. Et plus de deux fois plus vers l’UE que vers les États-Unis et la Chine réunis. Notre principal marché ne se trouve pas à des milliers de kilomètres. Il commence juste après la frontière.
Cela ne signifie pas qu’il faut dépendre d’un seul partenaire. Une petite économie comme la nôtre ne peut pas miser sur une seule carte. Le Mercosur montre déjà ce qui est en jeu. Depuis le 1er mai, Bruxelles applique provisoirement son accord avec ce bloc. Les fournisseurs européens bénéficient progressivement d’un meilleur accès commercial, d’une baisse des droits de douane et d’échanges simplifiés.
Nos entreprises se retrouvent souvent face aux mêmes concurrents européens. Dans la pharma, les machines, les instruments de précision, la chimie, l’horlogerie ou l’alimentaire, elles jouent souvent sur le même terrain. Si elles partent avec un handicap, la pression augmente rapidement. Car lorsqu’un concurrent bénéficie de meilleures règles, il ne gagne pas seulement quelques contrats. Il attire aussi des investissements, des mandats et parfois des emplois.
Et jusqu’à preuve du contraire, les droits de douane américains, quel que soit leur niveau demain, ne ressemblent pas à une parenthèse. À l’heure où les marchés se fragmentent, nous n’avons pas le luxe politique de perdre du terrain.
La Suisse a besoin des mêmes chances que ses voisins, pas d’obstacles supplémentaires. Le monde, lui, ne nous attendra pas.
La présente opinion a paru dans le Nord Vaudois du 22 mai 2026.
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