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« Quand on mélange tout, on crée une image déformée de la réalité et on contribue peu à une discussion constructive »

Guido Saurer

Débat sur l’immigration: quand on mélange tout, on crée une image déformée

27.05.2026

D'un coup d'oeil

  • Dans le débat actuel sur l’initiative du chaos, les chiffres sont mélangés, additionnés ou sortis de leur contexte 
  • Toutes les formes d’immigration ne sont pas équivalentes. Il y a des différences en fonction du système de gestion et de la région d’origine 
  • Quiconque met toutes les formes de migration dans le même panier ne satisfait pas les exigences d’un débat sérieux

Le 14 juin prochain, nous voterons pour décider si la Suisse doit inscrire dans la Constitution un plafond démographique rigide. L’initiative du chaos de l’UDC vise à limiter la croissance démographique à 10 millions d’habitants d’ici à 2050. L’immigration, qui a largement contribué à l’augmentation de la population résidante ces dernières années, est à nouveau au cœur du débat. Plus la date du scrutin approche, plus le débat s’intensifie et devient émotionnel. C’est une bonne chose, car les décisions d’une telle portée pour la Suisse doivent être discutées sérieusement et examinées sous différents angles. Ce débat doit néanmoins être mené de manière nuancée et se fonder sur des chiffres corrects. Dans cette perspective, economiesuisse a publié un nouveau dossierpolitique dans lequel les questions entourant l’immigration sont examinées de manière objective, sur la base des données disponibles.

Toutes les formes d’immigration ne sont pas équivalentes

Dans le débat actuel sur l’initiative du chaos, des chiffres sont mélangés, additionnés ou sortis de leur contexte. On aboutit ainsi à des conclusions erronées. Un exemple notoire est celui où on examine l’immigration dans son ensemble pour tirer des conclusions concernant des formes de migration spécifiques ou des régions d’origine. On suggère que seule un ou une immigrante sur deux est motivé par des raisons professionnelles; les autres pèsent surtout sur les contribuables. Cette image déformée pose problème pour plusieurs raisons:

  • La Suisse connaît plusieurs systèmes et applique différentes exigences selon l’origine et la forme de migration. On se saurait parler d’une immigration «non contrôlée». Alors que la migration de main-d’œuvre en provenance de pays tiers est régie par des quotas, dans le cadre de la libre circulation des personnes, elle se fonde sur les besoins réels de l’économie.
  • La coexistence de plusieurs systèmes fait que l’immigration dans la population résidante permanente est hétérogène. Depuis 2008, les deux tiers des entrées liées à la libre circulation des personnes sont motivées par une activité lucrative, tandis qu’un cinquième environ est lié au regroupement familial.
  • Les chiffres du Secrétariat d’État aux migrations (SEM) indiquent uniquement le motif au moment de l’arrivée. Le taux d’activité est un indicateur plus pertinent pour évaluer la migration ou l’intégration sur le marché du travail. En 2024, selon le rapport de l'Observatoire, ce taux s’élevait à plus de 85% pour les ressortissants de l’UE/AELE et à près de 74% pour ceux de pays tiers.
  • Outre l’exercice d’une activité lucrative, il existe d’autres motifs d’immigration: regroupement familial, formation initiale et continue, autorisations de séjour sans activité lucrative ou encore acceptation de la demande d’asile. Affirmer que ces formes d’immigration entraînent automatiquement des coûts est une erreur. La Confédération et les cantons fixent des conditions précises à l’octroi d’une autorisation de séjour. Un soutien n’est possible que si les exigences claires de la Confédération et des cantons sont remplies.

Mélanger les chiffres de l’immigration n’est pas sérieux

Le fait de mélanger toutes les formes de migration est un exemple parmi d’autres de la manière dont une présentation indifférenciée d’une situation donne une image déformée de la réalité. Pour pouvoir mener un débat sérieux, nous devons connaître les principaux chiffres en matière d’immigration. On constate alors que le narratif propagé ne tient pas. L’immigration obéit à des règles claires, remplit plusieurs fonctions et revêt une importance capitale, notamment pour le marché du travail. Quand on mélange tout, on crée une image déformée de la réalité et on contribue peu à une discussion constructive.

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