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Commission Barroso II : portraits de quelques commissaires 
 
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22.02.2010 – Europe
 
Le 9 février 2010, une fois que la candidate bulgare Rumiana Jeleva s’est retirée face aux pres­sions – on lui reprochait des conflits d’intérêts et des com­pét­ences insuffisantes – le Par­le­ment européen a finalement élu la nouvelle Commission européenne. Les 27 com­mis­saires, un par État membre, forment l’organe exécutif de l’UE. Voici un bref portrait des commissaires les plus im­portants pour la Suisse.
 

José Manuel Barroso, 53 ans, est le prés­ident de la Commission européenne élue en 2009 pour cinq ans. Com­me il prés­idait déjà la Commission auparavant (2004-2009), on parle des Com­mis­sions «Barroso I et II».
Ancien maoïste, il est aujourd’hui membre du Parti populaire européen, chrét­ien-conservateur d’orientation. Considéré com­me opportuniste par certains, d’autres le voient com­me un hom­me réal­iste et adaptable. L’ancien Premier ministre du Portugal a la réputation d’être un diplomate habile, po­lyglotte et un hom­me patient et tenace menant une politique d’hégémonie.
Juriste et politologue, il est titulaire d’une maîtrise de l’Université de Genève et d’un diplôme de l’Ins­titut d’études européennes à Genève. Sa carrière académique a été soutenue par la Confédération et le Fonds national suisse. On ne sait que peu de choses sur sa relation personnelle à la Suisse. Il est marié et père de trois enfants.

Catherine Ashton, 53 ans, a été nommée haute représ­entante de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité par les chefs d’État et de gouvernement de l’UE dès le 19 novembre 2009. A ce poste, la socio-démocrate aura pour tâche de donner un visage à la politique étrangère de l’UE et de lui conférer une certaine cohérence. C’est la raison pour laquelle elle est à la fois prés­idente du Conseil des ministres des affaires étrangères de l’UE et vice-prés­idente de la Commission européenne. Le Parlement a con­firmé sa nomination à ce poste.
Sous la Commission Barroso I, cette économiste a occupé pendant un an le poste de commissaire au Com­merce pour les relations économiques extérieures de l’UE, une fonction qu’elle a bien maîtrisé selon la majorité des com­mentateurs. Son expérience de la politique étrangère est toutefois limitée du fait que, avant de rejoindre la Commission européenne, elle a occupé plusieurs postes politiques, mais toujours dans sa patrie la Grande-Bretagne. Nommée pair à vie, Catherine Ashton est mariée et a deux enfants ainsi que trois beaux-enfants.

Joaquín Almu­nia, 61 ans, qui était jusqu’ici commissaire en charge des Affaires économiques et monétaires, reprend le portefeuille de la Concur­rence. Com­me l’UE possède des com­pét­ences très étendues dans ce domaine, ce poste est considéré com­me l’un des plus im­portants. Le commissaire espagnol est l’un des vice-prés­idents de la nouvelle Commission et vu com­me un con­fident loyal de M. Barroso.
Lors de son audition devant le Parlement européen, M. Almu­nia, socialiste et ancien ministre du Travail espagnol a déclaré qu’il n’assouplirait pas la position de l’UE à l’égard des banques qui ont reçu des aides de l’État. Il a également défendu le caractère dissuasif des amendes se chiffrant en mil­liards que la Commission avait prononcées dans le cadre de procédures en matière de concur­rence et a es­timé qu’il ne faut pas utiliser les avantages fiscaux pour maximiser l’attrait d’une place économique. Marié et père de deux enfants, il est connu pour son maniement de l’ironie.

Le commissaire italien Antonio Tajani, 56 ans, qui a repris le portefeuille de l’In­dus­trie et de l’en­t­repreneuriat dans la Commission Barroso II, s’occupait précédemment des Tran­sports. Il est également l’un des sept vice-prés­idents. Dans ses nouvelles fonctions, ce juriste de formation souhaite surtout promouvoir les PME et l’économie « verte ». Il devrait prés­enter des idées pour une stratégie in­dus­trielle d’ici à l’automne 2010.
M. Tajani est l’un des co-fondateurs du parti de droite conservateur Forza Italia et a été le porte-parole de Silivio Berlusconi en tant que chef du gouvernement italien. Il a aussi travaillé com­me officier, journaliste et correspondant. Ensuite, il a siégé quinze ans au Parlement européen où il prés­idait le groupe Forza Italia et s’occupait essentiellement de thème de politique extérieure. Il est marié et père de deux enfants.

En tant que commissaire en charge de l’Emploi, des affaires sociales et de l’inclusion, László Andor, 43 ans, devra reprendre les travaux en lien avec la directive con­troversée sur le temps de travail. Ce Hongrois sans parti a déclaré devant le Parlement que des dispositions différentes pour le secteur de la santé pourraient constituer une solution.
M. Andor était jusqu’ici membre de la direction de la Banque européenne pour la reconst­ruction et le développement (BERD). Avant cela, il a poursuivi une carrière académique à Budapest, Londres et aux États-Unis. Il s’est engagé politiquement pendant 17 ans en tant que rédacteur d’une publication orientée à gauche. Père de deux enfants, cet hom­me est décrit com­me quelqu’un d’une grande in­tel­li­gence, peu compliqué et décontracté.

Lorsque Michel Barnier, 59 ans, originaire de la région Rhône-Alpes a été nommé commissaire au Mar­ché intérieur et aux services par M. Barroso, le prés­ident français, Nicolas Sarkozy, s’est réjoui de la « victoire » de la France face à la Grande-Bretagne. En effet, le commissaire français conservateur sera également res­ponsable de la réglementation des banques.
Afin de dis­siper les inquiétudes de la City de Londres, M. Barnier a choisi un directeur général britannique et une porte-parole franco-britannique. Cet hom­me politique de l’UMP a la réputation d’être pragmatique et ouvert au dialogue. Ancien député français, sénateur, ministre des Affaires étrangères et de l’Agriculture, député européen, commissaire européen, Michel Barnier connaît parfaitement les arcanes de Bruxelles, ce qui lui sera certainement utile pour dynamiser le mar­ché intérieur et réfor­mer le secteur de la finance – les prin­cipaux défis qu’il doit re­lever. Il est marié et père de trois enfants.

Karel de Gucht, 56 ans, ancien ministre belge des Affaires étrangères, est le commissaire au Com­merce de la nouvelle Commission européenne. Il est con­fiant quant à l’issue du cycle de Doha : il pense qu’il sera achevé en 2010 ou 2011. L’Asie et la Russie sont également au nombre de ses priorités. Ce juriste a pris position contre l’introduction d’une taxe CO2 sur les im­portations et pour une politique an­ti-dumping active.
M. de Gucht a siégé quinze ans au Parlement européen dans le camp des libéraux. Ses qualifications en tant que commissaire au Com­merce sont incontestées. Sous la Commission Barroso I, il a été pendant six mois commissaire au Développement et à l’aide humanitaire. Dans ce rôle, il a critiqué le gouvernement de la République démocratique du Congo pour son in­efficience, ce qui lui a valu d’être déclaré persona non grata au début de l’année. Il est marié et père de deux enfants.

L’autrichien Johannes Hahn, 55 ans, s’occupera de la Politique régionale, un domaine qui absorbe un tiers du budget européen environ. On a reproché à l’ancien chef du ÖVP viennois de ne pas être suffisamment connu et de manquer d’expérience européenne. Cependant, il a su convaincre le Parlement européen ainsi que le Parlement autrichien qui a con­firmé sa candidature. Doc­teur en philosophie, il a été ministre des Sciences et de la recherche au sein du gouvernement autrichien.
En ce qui concerne la politique régionale, M. Hahn entend suivre les priorités de la « Stratégie 2020 » (com­pétitivité, économie verte, etc.), placer l’accent sur des ques­tions d’urbanisation et pratiquer une tolérance zéro pour les irrégularités financières régulièrement déplorées par la Cour des comptes européenne en ce qui concerne la politique de cohésion.
Des partenaires de négociation disent de lui qu’il possède un sens critique poussé, qu’il est rationnel et capable d’élaborer et de suivre des concepts neutres. Il est aussi considéré com­me une personne amène.

La nomination de Günther Oettinger, 56 ans, com­me commissaire allemand a suscité l’étonnement dans son pays et à l’extérieur. En effet, on a pu lire que l’ancien Ministre-prés­ident du Bade-Wurtemberg n’avait aucune expérience in­ter­nationale (même pas nationale), qu’il pouvait être mal­ad­roit, qu’il parlait un anglais dés­as­treux – et que d’une manière générale la Chancelière voulait se débarrasser de lui.
Depuis son audition devant le Parlement européen, on entend également un autre son de cloche. Ce politicien de la CDU et économiste aguerri domine parfaitement son domaine de spécialisation, l’énergie, et l’a même prés­enté avec enthousias­me. Ce juriste et économiste devra non seulement concrét­iser le mar­ché intérieur de l’énergie, mais aussi garan­tir l’efficacité énergétique et surtout l’approvisionnement en énergie de l’Europe. M. Oettinger a un fils.

Olli Rehn, 47 ans, reprend le portefeuille des Affaires économiques et monétaires, l’un des plus im­portants – et difficiles – de la Commission. Ce Finlandais, qui en tant que commissaire chargé de l’Élargissement, était res­ponsable, depuis 2004, de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie entre autres, serait l’hom­me de con­fiance de M. Barroso. Les priorités de ce libéral sont un « retrait ordonné » des participations étatiques dans les ins­tituts financiers, la consolidation des finances publiques – y compris une collaboration accrue sur des ques­tions économiques et fiscales – et une image soudée de l’Europe dans les forums financiers in­ter­nationaux. Avant de rejoindre la Commission européenne, M. Rehn a notamment enseigné les sciences politiques à l’université, occupé le poste de conseiller du Premier ministre finlandais, siégé aux Parlements finlandais et européen et prés­idé la ligue finlandaise de football. Il est marié et père d’un enfant.

Le mathématicien et économiste lituanien Algirdas Šemeta, 48 ans, est le nouveau commissaire en charge de la Fiscalité, de l’union douanière, de l’audit et de la lutte an­tifraude. Membre de la Commission depuis 2009, il s’occupait précédemment de la Programmation financière et du budget. Auparavant, il a effectué deux mandats en tant que ministre lituanien des finances et a occupé plusieurs postes au sein du gouvernement et de l’administration, dont celui de chef de l’Office lituanien de la statistique. Dans le domaine de la fiscalité, ce politicien conservateur (Groupe du parti populaire européen) entend poursuivre la ligne dure de son prédécesseur à l’encontre des « pa­ra­dis fiscaux ». L’adoption d’une directive sur la taxation de l’énergie et la modernisation des douanes (eCustoms) sont aussi par­mi ses priorités. Il est marié et père de quatre enfants.

Pour plus d’in­for­mations :
françois.baur@economiesuisse.ch