# 9 / 2017

La mutation structurelle en Suisse: perception et réalité

Le risque d’un chômage de masse suscite de nombreuses craintes au sein de l’opinion publique. D’aucuns craignent que la numérisation de l’économie et de la société ne provoque la disparition de milliers d’emplois. L’idée que les travailleurs humains soient remplacés par des robots implique que le progrès technique est de plus en plus considéré comme une menace. Malgré ces inquiétudes, on ne relève aucun signe de raréfaction de la main d'œuvre sur le marché du travail, bien au contraire: la Suisse continue d’afficher un solde positif de création d’emplois. Dès lors, comment expliquer un tel décalage entre perception et réalité?

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L’essentiel en bref

Il ne se passe pas un jour sans que les médias n’évoquent le processus de numérisation en cours, qu’un colloque sur l’avenir du travail ne soit organisé ou qu’une étude sur les changements attendus dans le quotidien de l’entreprise ne paraisse. La question centrale est souvent de savoir si l’humanité manquera de travail à l’avenir. Mais assiste-t-on véritablement à une éviction de l’être humain par la technologie? Pour répondre à cette question, nous examinerons tout d’abord la dynamique de l’évolution de l’emploi en Suisse au cours des cent dernières années, avant de mettre l’accent sur l’année 2015, année au début de laquelle la Banque nationale suisse (BNS) a aboli le taux de change plancher du franc face à l’euro. Enfin, nous analyserons la manière dont les médias traitent la mutation structurelle. Les analyses ne révèlent aucun signe d’éviction de la main-d’œuvre par la technologie, bien au contraire: même en 2015, alors que l’économie nationale était touchée de plein fouet par la hausse brutale du franc, la Suisse a enregistré une création nette de 30 000 emplois. Tant l’État que le secteur privé ont créé cette année-là plus d’emplois qu’il n’en ont supprimés. Ce sont pourtant les suppressions d’emplois qui ont été évoquées deux fois plus souvent et de manière trois fois plus importante dans les médias helvétiques. Une telle réaction est certes compréhensible eu égard aux conséquences directes des suppressions de postes sur les travailleurs concernés. Néanmoins, cette manière de traiter l’information risque d’entretenir une perception faussée de la part du public.

Position d’economiesuisse

  • Quelque 1350 postes de travail sont en moyenne créés chaque jour en Suisse, un nombre nettement supérieur à celui des suppressions d’emplois. En conséquence, le marché suisse du travail enregistre un gain de 40 000 nouveaux emplois par mois, soit près d’un demi-million en rythme annuel. Cela signifie qu’environ 10% des travailleurs commencent chaque année une activité dans une entreprise nouvellement créée ou en phase d’expansion.
  • Même en 2015, alors que l’économie était durement éprouvée par le choc du franc fort, le secteur privé a dans l’ensemble créé plus d’emplois qu’il n’en a supprimés.
  • Même les branches économiques qui subissent de nombreuses fermetures d’entreprises sont en fin de compte créatrices nettes d’emplois dans le même secteur.
  • Même les secteurs en déclin génèrent de nombreux emplois, puisque pour cinq postes de travail supprimés, quatre sont créés dans d’autres entreprises.
  • Et pourtant, les pertes d’emplois continuent d’être au centre du débat public. Le fait que les médias évoquent deux fois plus souvent et de manière trois fois plus importante les pertes d’emplois que les créations de postes contribue à entretenir cette perception faussée.